31 octobre 2009
Célibat
L'espace de trois jours, je suis redevenue une femme célibataire. Pas juste "trois jours de temps" - non. "L'espace de trois jours".
Mercredi matin, je suis allée chercher dans son lit à barreaux mon fils, moite de fièvre. Je l'ai glissé dans notre lit, aux côtés de son père ; j'ai préparé son biberon, fait couler un bain pour le rafraîchir, l'ai regardé s'y ébattre avant de l'habiller en l'agaçant de baisers et de chatouilles. Puis je lui ai dit au-revoir, et ai regardé par la fenêtre manœuvrer puis s'éloigner la voiture qui les emportait, son père, son grand-père, les chiens et lui.
La journée s'est passée normalement, et ce n'est qu'au soir, en rentrant dans une maison étonnament calme, où aucun aboiement, aucun babillage ne m'a accueillie dès la porte,
que j'ai pris conscience de l'incongruité de la situation. Depuis quand n'avais-je ainsi été seule, ne serait-ce que pour un soir ?
J'ai profité de ces heures. Je n'ai pas oublié mon fils, ni son père, mais ils n'ont pas phagocyté mon esprit. J'ai travaillé, libre de toute contrainte d'horaires. J'ai pique-niqué, vidant le frigo des restes qui l'encombraient. J'ai nettoyé, sans crainte des petites mains qu'il faut sans cesse surveiller, pour éviter qu'elles ne se saisissent de toutes ces choses si intéressantes aux yeux d'un bébé de dix mois, mais si dangereuses. Je me suis couchée avec les poules ou avec les chouettes, selon mes envies et sans déranger personne. Bref, pendant trois jours, ou plutôt, pendant deux jours et trois nuits, j'ai mené une vie d'apprentie-patachon, une vie de mère indigne, une vie de femme libre - une vie que je crois n'avoir jamais connue jusque là.
Mon moi habituel devrait être pétrifié de honte. Et pourtant, aucun regret, aucun remord ne vient assombrir mon humeur. Au contraire.
Dans le train qui m'emmène rejoindre mes amours, je me dis qu'ils vont retrouver une compagne et une mère ressourcée, apaisée, plus disponible aussi. Et rien que pour cela, l'expérience est à renouveler.
C'est quand, les prochaines vacances scolaires ?? ;-)
30 octobre 2009
Culture gé'
Un petit test, vu chez le Lutin, et dont le résultat m’a intéressée.
En rose, ce que j’ai lu.
En bleu, ce que je n’ai lu que partiellement (=pas tous les tomes) ou que j’ai commencé, mais n’ai pas fini.
En vert, ce à propos de quoi je doute : lu ? pas lu ? ces noms m’évoquent-ils quelque chose parce que je les ai vus et revus dans des bibliothèques familières ou parce qu’on m’en a parlé, ou bien parce que j’ai moi-même feuilleté leurs pages, pour les presque oublier ensuite ?
Et en noir, ce qu’il me reste encore à découvrir…
Malgré tout, je suis surprise de l’absence dans cette liste d’un auteur comme Marcel Proust. Non que cela aurait amélioré mon score, puisque sa prose a toujours eu sur moi un effet soporifique d’une surprenante puissance, mais… Proust, quand même, quoi !!
1 La Bible
2 Les misérables de Victor Hugo
3 Le petit prince d’Antoine de Saint-Exupéry
4 Germinal d’Emile Zola
5 Le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien
6 Le rouge et le noir de Stendhal
7 Le grand Meaulnes d’Alain-Fournier
8 Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne
9 Jamais sans ma fille de Betty Mahmoody
10 Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas
11 La gloire de mon père de Marcel Pagnol
12 Le journal d’Anne Frank d’Anne Frank
13 La bicyclette bleue de Régine Deforges
14 La nuit des temps de René Barjavel
15 Les oiseaux se cachent pour
mourir de Colleen Mc Cullough
16 Dix petits nègres d’Agatha Christie
17 Sans famille d’Hector Malot
18 Les albums de Tintin de Hergé
19 Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell
20 L’assommoir d’Emile Zola
21 Jane Eyre de Charlotte Brontë
22 Dictionnaires Petit Robert, Larousse, etc
23 Au nom de tous les miens de Martin Gray
24 Le comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas
25 La cité de la joie de Dominique Lapierre
26 Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley
27 La peste d’Albert Camus
28 Dune de Frank Herbert
29 L’herbe bleue Anonyme
30 L’étranger d’Albert Camus
31 L’écume des jours de Boris
Vian
32 Paroles de Jacques Prévert
33 L’alchimiste de Paulo Coelho
34 Les fables de Jean de La Fontaine
35 Le parfum de Patrick Süskind
36 Les fleurs du mal de Charles Baudelaire
37 Vipère au poing d’Hervé Bazin
38 Belle du seigneur d’Albert Cohen
39 Le lion de Joseph Kessel
40 Huis clos de Jean-Paul Sartre
41 Candide de Voltaire
42 Antigone de Jean Anouilh
43 Les lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet
44 Premier de cordée de Roger Frison-Roche
45 Si c’est un homme de Primo Levi
46 Les malheurs de Sophie de la comtesse de Ségur
47 Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne
48 Les fourmis de Bernard Werber
49 La condition humaine d’André Malraux
50 Les Rougon-Macquart d’Emile Zola
51 Les rois maudits de Maurice Druon
52 Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand
53 Les hauts de Hurlevent d’Emily Brontë
54 Madame Bovary de Gustave Flaubert
55 Les raisins de la colère de John
Steinbeck
56 Le château de ma mère de Marcel Pagnol
57 Voyage au centre de la Terre de Jules Verne
58 La mère de Pearl Buck
59 Le pull-over rouge de Gilles Perrault
60 Mémoires de guerre de Charles De Gaulle
61 Des grives aux loups de Claude Michelet
62 Le fléau de Stephen King
63 Nana d’Emile Zola
64 Les petites filles modèles de la comtesse de Ségur
65 Pour qui sonne le glas d’Ernest Hemingway
66 Cent ans de solitude de Gabriel García
Márquez
67 Oscar et la dame rose d’Eric-Emmanuel
Schmitt
68 Robinson Crusoé de Daniel Defoe
69 L’île mystérieuse de Jules Verne
70 La chartreuse de Parme de Stendhal
71 1984 de George Orwell
72 Croc-Blanc de Jack London
73 Regain de Jean Giono
74 Notre-Dame de Paris de Victor Hugo
75 Et si c’était vrai de Marc Levy
76 Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline
77 Racines d’Alex Haley
78 Le père Goriot d’Honoré de Balzac
79 Au bonheur des dames d’Emile Zola
80 La terre d’Emile Zola
81 La nausée de Jean-Paul Sartre
82 Fondation d’Isaac Asimov
83 Le vieil homme et la mer d’Ernest Hemingway
84 Louisiane de Maurice Denuzière
85 Bonjour tristesse de Françoise Sagan
86 Le club des cinq d’Enid Blyton
87 Vent d’est, vent d’ouest de Pearl Buck
88 Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir
89 Les cavaliers de Joseph Kessel
90 Jalna de Mazo de la Roche
91 J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian
92 Bel-Ami de Guy de Maupassant
93 Un sac de billes de Joseph Joffo
94 Le pavillon des cancéreux d’Alexandre Soljenitsyne
95 Le désert des Tartares de Dino Buzzati
96 Les enfants de la terre de Jean M. Auel
97 La 25e heure de Virgil Gheorghiu
98 La case de l’oncle Tom de H. Beecher-Stowe
99 Les Thibault de Roger Martin du Gard
100 Le silence de la mer de Vercors
Total : 54 ouvrages lus, 4 sur lesquels je me souviens avoir buté (Alain-Fournier, Steinbeck, et surtout Cohen et Garcia Marquez).
Eh bien j’ai encore quelques heures de lecture devant moi avant que ma culture gé n’affiche un niveau honorable !! :-)
08 octobre 2009
Coup d'automne
Une reprise.
Des journées mi-figue, mi-raisin.
Une organisation qui peine à se mettre en place.
Trop peu de temps pour tout faire.
Des envies qui ne sont plus là. Une fatigue qui, elle, y est trop.
Moins de temps pour passer vous lire.
Moins de temps pour vous écrire.
Moins d'inspiration aussi. Un peu marre de ne parler ici que de l'Acrobate, et pas forcément envie de parler du boulot, ou du moins pas encore, pas maintenant. Alors, quoi ?
Un blog en suspens...
25 septembre 2009
Deux semaines
Un bâtiment, une boîte. Deux semaines. Une femme qui cherche sa place, qui a peur de ne pas la trouver, peur aussi que celle qu'on voudrait lui laisser ne soit pas celle dont elle aurait envie. Une femme qui s'interroge sur ces peurs, sur ses peurs. Une femme qui aimerait bien les dépasser, croire à nouveau un peu en elle, sans avoir à se demander à chaque pas si on ne l'attend pas au tournant. Une femme qui atteint le tiers de siècle, et qui préfèrerait ne pas avoir à attendre aussi longtemps encore avant de profiter vraiment de la vie.
Une femme qui jongle entre ses différentes casquettes, la "femme de" relayant la "maman de", la "collaboratrice de" se demandant parfois où est passée la "femme tout court"... Une femme qui ne trouve pas (pas encore ?) son rythme, son organisation, une femme qui sent le temps et l'énergie lui filer entre les doigts, frustrée et impuissante.
Une femme qui redécouvre l'effervescence de sa vie d'avant, une femme, petite souris timide, qui croise brièvement ces visages que journaux et télévisions rendent familiers, qui serre des mains, exercice détestable, d'autant qu'elle sait que, déjà, on l'a oubliée. Une femme qui voit son ancien et son nouveau patron se serrer eux aussi la main, échanger quelques mots, puis s'asseoir pour discuter plus à leur aise. Une femme qui s'amuse de la joute oratoire qui commence dans la salle, une femme qui s'amuse à deviner qui est qui et qui pense quoi sur la base des mots prononcés, en essayant de dépasser le langage convenu de cette assemblée policée. Une femme que la timidité et la peur du ridicule rendront à peu près muette sur le chemin du retour, une femme malade de ce silence qu'elle n'arrive pas à dépasser.
Une femme qui, de retour, retrouve ce bureau qui n'est pas encore vraiment le sien, ce bureau qui la coupe de ceux avec qui elle est censée travailler, mais auprès de qui elle a souvent du mal à trouver sa place. On en revient toujours au même point...
Une femme qui se cherche.
Une femme qui est bien décidée à se trouver, aussi désagréable que soit le processus.
(Et puis, certaines sont là pour me montrer l'exemple !)
14 septembre 2009
Nouveau départ
Entendre à nouveau un réveil sonner pour me réveiller le matin.
Choisir d'ignorer le babil audible à travers la porte, le temps de me doucher, le temps de me retrouver dans cette peau-là.
Accepter que le beau programme soigneusement planifié aura été mis à mal dès le premier matin, en sourire, parce qu'au fond, ça m'est bien égal.
Trouver une remplaçante de dernière minute pour la chaîne bêtement cassée au début du week-end, parce que non, vraiment, je ne peux pas rester sans ce pendentif autour de mon cou.
Renouer l'écharpe autour de son petit corps confiant, sourire de voir qu'il a tellement grandi ; le regarder, un peu coupable, se dévisser la tête pour regarder tout autour de lui, me dire qu'il va vraiment falloir que j'apprenne les nouages pour un portage dans le dos.
Le déposer chez la nounou, le sentir se raidir, pour la première fois - peut-être n'était-ce qu'une illusion de mon esprit ? Lui dire au-revoir, "à ce soir", pour la première fois aussi. En être moins affectée que je ne l'aurais cru.
Saluer les deux dames de l'accueil, me présenter, sentir la chaleur dans leur "bienvenue", en être touchée.
Gravir les escaliers, être accueillie par ma nouvelle collègue, sauter dans le train en marche, m'apercevoir qu'on parle plutôt "TGV" que "tortillard" ; avoir peur, malgré tout.
Reprendre avec elle la liste des missions, découvrir que ces domaines qui me sont (encore) étrangers lui sont (déjà) familiers. Me poser, encore et toujours, la question de ma place, de ma juste place.
Hésiter sur ce qu'il faut partager, avoir envie de dire, pour que les choses soient claires, avoir peur de l'usage qui pourrait en être fait ; on n'échappe pas aux cicatrices du passé. Dévoiler, un peu, maladroitement ; avoir peur (encore...) d'avoir été mal comprise. Lutter contre moi-même, me rappeler que la manière dont on voit les autres et les intentions qu'on leur prête sont souvent révélatrices de son propre caractère.
Rentrer déjeuner. Poser ces quelques mots. Repartir.
Plus tard...
Découvrir que le discours n'a pas été le même pour les deux personnes recrutées, ne même pas s'en étonner. Le dire, dire aussi que cela ne faisait finalement que corroborrer les impressions laissées par la conversation du matin.
Tâcher de l'accepter, parce que cela est mieux ainsi, parce qu'il ne s'agit que d'un emploi, parce que la route est longue encore vers l'estime de moi. Mais me sentir me raidir suite à une parole malheureuse, ou vécue comme telle. Me dire que l'acceptation de la réalité est parfois bien dure, quand on voudrait tourner la page une fois pour toutes, et que c'est impossible, parce qu'il faut du temps pour guérir de certaines blessures, perdre certains réflexes, en acquérir d'autres.
Rentrer, voir mon fils revenir à la maison dans les bras de son père, se ressourcer à son enthousiasme à nous revoir, à retrouver son chez-lui. Rire de ses cris et de ses gazouillis, enfouir mon visage dans son cou, le faire sauter, le chatouiller. Mettre de la musique, voir ses yeux s'allumer, danser avec lui. Ecouter son père lui donner son bain et penser que, décidément, la vie est là.
Refermer la page de cette première journée sur une impression douce-amère, plus amère que douce, la fatigue aidant ; craindre de m'être montrée trop ouverte, trop naïve, une fois de plus ; me sentir un peu perdue, un peu dépassée. Et finalement étrangement calme... Trop.
04 septembre 2009
Le pain du souvenir
La pâte, d'abord molle et collante, s'insinuant désagréablement entre les doigts, s'assouplit peu à peu sous mes mains, s'adoucit et devient élastique. Rien ne me presse : l'Acrobate, trop tôt réveillé, s'est rendormi pour une sieste qui durera jusqu'à la fin de matinée, personne ne m'attend, personne n'a besoin de moi. Je suis seule, en tête-à-tête avec ce qui n'est encore qu'une mixture peu appétissante, et je suis bien. Je pétris lentement, en savourant ce geste à chaque fois plus facile, et mes pensées remontent le temps...
Une autre cuisine, à l'organisation bien rôdée. Elle préparait la pâte après avoir bu son café, pendant que les enfants désormais grands dormaient encore, et la laissait lever à l'abri des courants d'air, dans un placard. A la mi-journée venait le moment de la mise en forme ; le tressage des pâtons revenait au cadet des fils de la famille, et moi, la cinquième enfant, l'enfant de coeur, l'adoptée, la fille en pointillés, celle qu'un bus déposait parfois à quelques centaines de mètres de la maison, j'avais gagné le privilège de l'accompagner quand j'étais là, recréant ainsi un chez-moi dans ce pays qui n'était pas le mien. Nous riions en manipulant la pâte si douce, mais je lui laissais le soin de badigeonner les nattes d'oeuf : c'était une étape que je n'aimais pas. Le résultat de cette boulange collective parfumait bientôt l'air, nous rappelant qu'il ne restait plus que quelques heures pour que tout soit prêt, la maison rutilante et ses occupants endimanchés. Et le rythme s'accélérait soudainement.
C'étaient des moments simples, dont il ne reste de traces que dans ma mémoire. La distance entre nous est désormais trop grande pour que le bus me dépose, au moins une fois par mois, à quelques centaines de mètres de la maison, qui s'est doucement vidée. Les deux aînés sont mariés, mon compagnon de tressage a rejoint les rangs de l'armée, sans perdre son humour ni son flegme. Il ne reste sous le toit bienveillant que la petite dernière, petite princesse devenue grande, et ses parents, que les années ne changent pas.
La pâte a levé dans l'abri des courants d'air. D'une main rendue maladroite par le manque d'habitude, j'ai formé les deux tresses, que je n'ai pas badigeonnées d'oeuf, et les ai laissé lever à nouveau. Le four ronronne doucement, bientôt, l'odeur douce de la 'hallah viendra me tenir compagnie, et j'aurai la nostalgie d'un ailleurs qui n'existe plus que dans mes souvenirs...
'Hallah
(pain tressé du Shabbat juif)
1 kg de farine
2 cups d'eau chaude (~460 mL)
1 cube de levure fraîche (42 g)
3/4 cup de sucre (155 g)
1 tablespoon bombée de sel fin (<20 g)
3/4 cup d'huile (150 g)
Dans un grand bol, émietter la levure dans la farine. Ajouter le sucre et le sel, bien mélanger. Verser l'eau, puis l'huile, et pétrir, à la main ou dans un robot ménager puissant, muni d'un crochet à pétrir. Laisser lever plusieurs heures (2 heures pour moi, dans mon four en position "levage", 40°C), puis abaisser et pétrir à nouveau la pâte. Séparer la pâte en deux pâtons de poids égal, tresser, badigeonner (ou non) d'oeuf et saupoudrer (ou pas) de graines de sésame ou de pavot. Laisser lever 45 minutes à une heure. Préchauffer le four à 180°C, et faire cuire jusqu'à ce que les pains arborent une jolie teinte brun-dorée (45 à 50 minutes pour mon four, la recette originale annonce 1 heure). Laisser refroidir, et déguster - avec du houmous arrosé d'un filet d'huile d'olive et parsemé de za'atar, c'est un délice !
03 septembre 2009
Dernière ligne droite
Il y a le désordre qui s'accumule, dans toutes les pièces de la maison. Il y a les placards mal rangés, dont les piles ne sont plus qu'un vague souvenir, encombrés par des vêtements trop petits ou jamais portés, qu'il faudrait trier et ranger ou donner. Il y a les affaires des vacances, dont certaines gisent encore dans leur sac ou leur valise, dix jours après notre retour, faute de place dans les placards, faute de temps pour s'en occuper, faute d'organisation. (Ca y est, le grand mot est lâché !) Il y a ces meubles à déplacer pour faire de la place à un Acrobate itinérant, dont les besoins et les centres d'intérêt ne sont plus ceux qu'ils étaient au début de l'été. Il y a ce retour à une activité professionnelle à préparer, ces papiers à trier, cet espace de travail à organiser, ce renouveau à insuffler. Et puis il y a cette horloge, dans ma tête, dont le tic-tac incessant me rappelle que dans une dizaine de jours, il ne me restera plus que les soirs et les week-ends pour m'occuper de tout cela, et que j'aurai peut-être mieux à faire...
Alors, pendant que l'Acrobate récupère d'une nuit désastreuse pour cause de fesses à vif :-(, sa Maman, au lieu de l'imiter comme elle aimerait tant le faire, range et nettoie, fait tourner des machines, plie du linge, récure un évier, organise des étagères, et raye au fur et à mesure sur sa liste, qui pourtant ne semble jamais devoir avoir de fin.
Et une fois le gros du terrain déblayé, elle devra apprendre, comme Le Lutin Perlimpin(pin ?) à s'organiser autrement, pour ne plus se laisser ensevelir sous les tâches ménagères...
En attendant, elle pense à celles et ceux qui ont repris le chemin du travail aujourd'hui, et elle astique...
31 août 2009
Cailloux blancs, cailloux rouges...
(Pour celles qui ne l'auraient encore jamais lu, le titre est un clin d'œil à un vieux billet de Telle, élément fondateur de mon mythe personnel la concernant !)
Fin des vacances, l'heure de regarder par-dessus son épaule, et de regarder les petits cailloux que l'on a semés sur le chemin, comme un Petit Poucet qui voudrait pouvoir partir mentalement en promenade dans ces souvenirs, un jour...
Caillou rouge, ces tensions et ces larmes récurrentes au cours de ces quelques semaines qui auraient dû être un havre, une parenthèse bienveillante et apaisante dans une vie trop stressante. Caillou rouge aussi, cette réminiscence soudaine de nos premières vacances ensemble, et du peu de choses qu'il nous fallait alors pour nous sentir les rois du monde - juste l'autre, au fond...
Caillou blanc, le fait d'avoir réussi à en parler ; caillou blanc, cet aveu de l'Amoureux qu'il avait sûrement utilisé son travail comme un moyen de fuir ; cailloux blancs, ses efforts pour s'investir plus dans la vie de ce qui est devenu notre famille, et me soulager ainsi d'une part de travail qui n'était pas la mienne...
Caillou rouge, ô combien !, la perte d'un ami cher, compagnon des bons moments et soutien indéfectibles dans les mauvais passages. Il était laid, pelé par des années d'usage intensif et de recours fréquents, il était miteux, mais c'était MON doudou, le seul qui m'ait accompagnée partout lors de mes pérégrinations solitaires, parfois si dures, le seul qui ait alors pu me prodiguer un peu de réconfort. Oui, c'est une déclaration d'amour à feu mon doudou, perdu bêtement, et qui a vraisemblablement fini incinéré avec le reste du contenu d'un sac poubelle. Et oui, j'assume.
Caillou blanc, l'attitude étonnamment compréhensive et compatissante de l'Amoureux devant ce drame très personnel. J'en connais d'autres qui auraient ri, ou se seraient félicité d'être enfin débarassés de ce compagnon de vie peu reluisant qu'on leur avait imposé ; lui m'a consolée, les larmes aux yeux devant ma peine. Eh ! c'est pas pour rien que c'est mon amoureux, cet homme-là !
Caillou blanc, l'apprentissage de la position assise par l'Acrobate, puis celle du quatre-pattes, désormais maîtrisé comme un chef. Caillou blanc, sa découverte de l'eau, sa joie dès qu'il apercevait sa bouée, son impatience devant la piscine, ses protestations quand nous le sortions de l'eau après 50 minutes de nage (car à son âge, réussir à se déplacer de façon volontaire en battant des pieds sous sa bouée, on peut bien considérer cela comme de la nage, n'est-ce pas ?).
Caillou blanc encore, cette modification imprévue de notre programme, qui m'aura permis de revoir les endroits où j'ai grandi, et donné l'occasion à l'Amoureux de mieux connaître certains membres de ma famille, avec qui le contact initial n'avait pas été très convaincant. Le deuxième essai, plus au calme et plus long, aura été le bon !
Caillou blanc toujours, caillou blanc mille et mille fois, ce long week-end à faire la connaissance d'eux, que j'avais l'impression de connaître déjà - quatre petites têtes brunes, dont une déjà rencontrée, et deux grandes têtes brunes, l'une très mystérieuse, et l'autre très souvent côtoyée... Deux journées, trois soirées, juste le temps pour deux femmes de parler un peu (si peu, pour l'une, tant, pour l'autre !!), juste le temps d'avoir envie de repartir avec un deuxième bébé (mais vous connaîtriez le bébé, vous me trouveriez des circonstances atténuantes, si, je vous jure !), juste le temps de se donner envie que ça ne soit pas la dernière fois...
Caillou rouge, cette transaction un peu trop anticipée, et qui, ne se faisant finalement pas, me laisse un goût amer, sans proportion aucune avec l'importance réelle de la chose que je m'apprêtais à acquérir. Il me reste encore du chemin à parcourir pour ce qui est de relativiser ! (surtout après deux ou trois mauvaises nuits - et non, cette fois, l'Acrobate n'y est pour rien, ce sont mes insomnies à moi rien qu'à moi qui me pourrissent à nouveau la vie, youpi !)
Caillou blanc, ce courrier reçu quelques jours après un entretien : "Chère Mam'zelle Hérisson, j’ai l’honneur de vous confirmer votre recrutement chez moi par voie de mutation, à compter du 14 septembre 2009. A ce titre, vous serez affectée auprès de mon cabinet." Adieu, Madame de Trémaine (qui s'en va de toute façon, heureusement pas au même endroit que moi !), adieu mon ancienne crèmerie ! à dire vrai, je ne te regretterai pas trop...
Et caillou blanc encore, les emplettes faites cet après-midi, parce que j'en ai assez d'être mal habillée, assez de ne pas aimer mon reflet dans la glace, et parce que nul ne pourra aussi bien me chouchouter et prendre soin de moi que moi-même. Alors, tant pis pour le caillou rouge que cela constituera au niveau de mes finances, les vêtements, c'est fait, le maquillage, c'est fait, et d'ici la fin de la semaine prochaine (histoire d'occuper mes premières demi-journées sans mon Acrobate, par exemple...), ma coiffeuse recevra ma visite. Attention, ça va swinguer !!
Bilan ? beaucoup de blanc, un peu de rouge... Telle, je te confirme que ta méthode est géniale pour remettre les choses à leur place : je ne suis pas sûre que j'aurais été si positive si j'avais fait une estimation globale... Alors qu'en vérité, vraiment, je suis plutôt gâtée par la vie, je trouve ! Et puis, le blanc n'est jamais si bien mis en valeur que lorsque quelques touches de couleur viennent trancher sur lui, n'est-ce pas ? ;-)
29 août 2009
La fin d'une ère
Hier était le dernier jour que nous passions en tête-à-tête. Le dernier jour, avant le dernier week-end, avant les premières visites chez la nounou. D'abord brèves, elles dureront bientôt de plus en plus longtemps, et j'y aurai de moins en moins ma place, jusqu'à disparaître complètement de cet univers-là.
Bientôt, demain, c'est une autre que moi qui l'accueillera dans ses bras au sortir de la sieste, une autre que moi qui rira devant ses mimiques, qui le soutiendra, j'espère, dans ses découvertes et ses progrès. Demain, c'est une autre que moi qui le nourrira et changera ses couches, une autre que moi qui devra canaliser son énergie débordante, une autre qui récoltera ses sourires, une autre qui lui grignotera les pieds pour le faire rire et rire encore, pour le plaisir d'entendre ces éclats de plaisir.
C'est dans l'ordre normal des choses, et j'essaye de me souvenir de la chance que j'ai eue de pouvoir le regarder grandir et s'épanouir pendant huit mois.
Mais demain, je souffrirai, et il me faudra beaucoup travailler sur moi pour m'assurer que mon attention restera bien sur ce que l'on me dira, dans ce nouveau lieu de travail qui sera le mien, plutôt que de s'envoler vers mon fils, si près, et pourtant si loin...
L'Acrobate en pique-nique, 23 août 2009.
05 août 2009
Respiration
Une respiration, comme une pause dans la tourmente - la fin de celle-ci ??
Vos mots, emplis de sollicitude, riches de pistes à explorer aussi. Ceux des quelques amis au courant de la situation, qui rejoignent les vôtres. Ceux d'une femme, étrangère si familière, qui apportent un éclairage différent, une autre approche, balayant mes regrets, m'ouvrant d'autres portes sur moi-même, et sur ce "nous" auquel j'aimerais tant ne pas avoir à renoncer.
Un rythme plus lent, plus désinvolte et pourtant plus respectueux des besoins de chacun. Des plaisirs retrouvés, celui de la lecture, celui du tricot, celui du farniente aussi.
Des réflexions qui restent à conduire jusqu'à leur terme, des réflexions qu'en attendant que le moment opportun se présente pour le faire dans de bonnes conditions, on garde bien au chaud dans un coin de sa tête, dans un coin de son coeur.
Et le vent dans les feuillages, toujours, qui modère la brûlure du soleil et berce les âmes dolentes jusqu'à l'apaisement...






